Spiritual journey

On a tous de la magie en nous

Les rues aux alentours de Bercy s’animent, le Cour Saint Émilion se réveille dans la jeunesse de la nuit. Les bars commencent à se remplir, Paris est à son image. Contrastée, vivante, excitée, authentique. Mais ce n’est pas dans le bars du Cour Saint Em’ que je compte passer ma soirée, car avec mes soeurs de coeur, nous avons d’autres projets.

« Attends tu ne l’as pas encore vu non plus ? », « Non j’étais dans d’autres trucs…Tu sais. » On s’engouffre dans la salle bondée : soit ils sont comme nous, soit ce n’est pas la première fois. Dans tous les cas, ça donne le ton. La première partie du film, place le cadre, l’histoire, les rouages. La deuxième partie nous engouffre, la troisième finit de nous emporter. Ce n’est plus un film que l’on regarde, c’est une véritable performance de vie.

« Bohemian Rhapsody », culmination de l’existence, ou dream on team. J’ai cherché à faire le parallèle avec nos préoccupations, nos réflexions personnelles actuelles, et celle du lien universel qui nous anime passionnément.

La passion : au sens sémantique du terme. Avant que vous me preniez pour une anarchiste du bonheur, mystico-névrosée, j’espère pouvoir trouver dans toutes ces passerelles de vies, que l’on fasse de la musique, de la cuisine, du tricot, du codage ou du yoga ; un lien magique, invisible, ininterrompu, unbreakable

La ‘Passion’ pour Larousse : c’est un amour considéré comme une inclinaison irrésistible. Un besoin vital de la vivre, l’englober, la partager, au point parfois d’en subir les affres. N’est ce pas ce qui nous anime tous ? Ce sentiment de vie, de surpuissance, de délectation suprême, de quasi Samadhi. No Matter what ?

Au XVe s, la passion représentait la dévotion des croyants pour Jésus-Christ. Depuis toujours, ce terme est à la fois controversé et galvaudé. Aujourd’hui, la passion semble être devenue un réel but en soi. La montée des préoccupations tournées autour de notre développement personnel, de notre bien-être, de notre besoin de reconnexion à nous-mêmes, légitimes (ou parfois nombrilistes) ; nous poussent à nous poser des questions complexes, qui n’ont pas toujours, elles, une réponse simple : « Quelle est la chose qui me passionne dans la vie ? ». Vous avez 3heures.

C’est impossible. La passion, aussi recherchée soit-elle, n’est pas un vecteur palpable. Elle est changeante, variable, parfois plus présente, parfois enfouie. Et pourtant, elle n’est pas pour autant inexistante. En partant du principe que nous sommes tous « passionnés », du moins animés par des désirs variables, et variants ; nous avons donc tous quelque chose à partager. Ce sens du vibratoire. Ce besoin d’être porté, par des choses qui nous dépassent. Qu’elles passent par la croyance en un Dieu, le ressenti des énergies qui nous entourent, l’implication dans quelque chose de plus grand que nous, l’impression que quelque chose est tracé pour nous.

C’est ce qui fait que l’art nous portera toujours. Quel qu’il soit. C’est ce qui fait qu’un Freddie Mercury sera toujours un Freddie Mercury, que Queen sera toujours écouté, que nous aurons envie d’accéder à ces dimensions de nous, elles, palpables et magiques. Lorsque les choses partent du point A au point B sans passer par la censure, l’inhibition, la répression, elles deviennent ces morceaux de vie pure, cette vibration brute et fragile, incertaine et quasi divine.

Ce sont ces voix du vibrant que nous écouterons toujours, qu’elles passent par le vecteur d’une légende de la musique, ou par le bruit des vagues qui se cassent sur la rive. Les voix qui scintillent en nous, nous connectent à la passion, à la performance de notre être : au sens de notre exploit humain, de notre prouesse, de cette version de nous-même, qui n’est ni la meilleure ni la plus belle, mais la plus authentique. Et ces voix demandent à la fois courage et lâcher-prise. Car pour être dans l’accomplissement subtil et total de ce qui nous anime, il faut savoir briser les briques des murs qui nous en éloignent. Coûte que coûte.

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(Le film de Bryan Singer, « Bohemian Rhapsody » a gagné 2 titres aux Golden Globes en 2019 : titre du « Meilleur film », et Rami Malek, jouant le rôle de Farrokh Bulsara, aka Freddie Mercury, leader du légendaire groupe Queen, nommé « Meilleur acteur » pour sa performance monumentale dans ce biopic hors pair. Une masterpiece du cinéma.)